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Article de : Charlotte Costantino et Catherine Ducarre
Psychanalystes et membres de la revue Cliniques qui organise cette journée scientifique http://www.apspi.net/

La répétition en institution : Pour le meilleur et pour le pire - 2 Décembre 2016

Publié le 19/09/16

Attention, changement de lieu ! Le colloque de la revue Cliniques, aura lieu le Vendredi 2 Décembre 2016 au Théâtre Déjazet - 41, bd du temple-75003 Paris et aura pour thème " La répétition en institution : pour le meilleur et pour le pire". 

Toute institution qui prend en charge le sujet et sa psyché a fort à faire avec la répétition. Répétition des plaintes, des troubles du comportement, des passages à l’acte, addictions, stéréotypies, idées obsessionnelles… autant de symptômes qui témoignent d’une souffrance chez le patient et qui mettent à mal les équipes de soin. Mais la répétition est aussi une des caractéristiques de base de l’institution qui n’aime rien moins que le changement. Or paradoxalement, l’institution de soin psychique est porteuse d’un idéal qui va dans le sens d’une transformation des personnes qu’elle accueille. Il est donc de la plus haute importance que les équipes travaillant en institution puissent donner un sens à ce qui se répète, à ce qui doit se répéter pour que la répétition ne soit pas synonyme d’aliénation mortifère mais matière même du travail thérapeutique.

Toute activité humaine qu’elle soit psychique ou motrice, se trouve prise dans les arcanes de la répétition dès les premiers temps de la vie. A cette époque, une bonne part du plaisir et des apprentissages, d’ailleurs du plaisir de l’apprentissage, se noue dans la répétition inlassable du même jeu, de la même histoire contée, des retrouvailles avec une habitude. Dans les premiers temps de la vie, la répétition favorise l’accès à la symbolisation. Symbolisation de l’alternance entre présence et absence par exemple, dans le jeu de cache-cache ou le fameux jeu de la bobine, on conçoit très bien combien elle donne forme aux événements en leur attribuant peu à peu un sens, comment elle permet de se les figurer, de les penser, de les nommer.

Pourtant tout n’est pas si simple, si la répétition du même est un ressort affectif, cognitif et relationnel indispensable à l’appréhension, puis à la compréhension et enfin à l’appropriation de soi et du monde, si elle est un vecteur de plaisir au cœur de notre vie psychique, elle peut aussi devenir un enfer pour celui qui se trouve sans cesse renvoyé aux mêmes schémas douloureux. Enfer pour lui, enfer également pour celui chargé de l’accompagner dans un processus de soin. Douleur exquise du masochisme, paradoxe de notre vie d’âme qui trouvent leur acmé dans la compulsion de répétition. Si la répétition œuvre pour une certaine maturation des processus en particulier chez l’enfant, elle peut aussi s’apparenter à un véritable refus inconscient - refus « du temps qui passe »- ou investie comme tentative d’emprise sur ce qui échappe. Elle peut aussi témoigner d’un vécu traumatique précoce ou d’une transmission intergénérationnelle de contenus aveugles comme le dit Régine Prat (2003). La répétition s’inscrit donc à la croisée des chemins, entre résistance et changement, entre dramatisation et traumatisme irreprésentable, c’est-à-dire ce qui est répété à défaut de pouvoir être re-présenté. On peut se référer alors à la distinction de Michel de M’Uzan (1970) entre reproduction du même lorsque le passé s’est élaboré suffisamment, « [impliquant] toujours un changement, si infime soit-il » (p. 442), « [engageant] en fait une remémoration » (p. 445) et reproduction de l’identique, suite sans fin d’expériences de décharges, dont « la valeur de remémoration est nulle » (p. 445)

Comment permettre que la répétition serve plutôt qu’elle ne desserve le travail psychique en institution ? Comment le dispositif institutionnel peut-il être investi comme le lieu d’une mise en scène plutôt que le lieu d’une mise en acte répétitive? La difficulté pour les soignants en institution est de pouvoir repérer les différents aspects et fonctions de la répétition, adapter leur écoute et leurs interventions pour ne pas répéter en miroir ce qui s’actualise dans le transfert sur l’institution et pour tenter d’infléchir la rigidité des scénarios. Pouvoir repérer patiemment ce qui est de l’ordre d’une (re)mise en scène féconde de la problématique inconsciente du patient, ou bien imaginer l’irreprésentable, construire en se fondant sur le contre-transfert et  les médiations ou dispositifs thérapeutiques. Et dans tous les cas, pouvoir se saisir de la répétition comme d’une adresse à l’autre en quête d’élaboration et de transformation.

Tels sont les questionnements et réflexions à l’origine du prochain colloque de la revue Cliniques le vendredi 2 décembre 2016 au théâtre Dejazet : La répétition en institution : pour le meilleur et pour le pire. Quatre tables rondes se succéderont autour de quatre aspects de la répétition. Répétition et clinique institutionnelle autour de la prise en charge des psychoses et de l’écoute des variations en institution. La répétition pour grandir, la répétition pour vieillir ? Sur le rôle de la répétition au commencement et à la fin de la vie, Transmission et répétition à propos de l’histoire qui se répète entre les générations et Répétition au-delà du principe de plaisir ? Entre démentalisation et rituels obsessionnels.

La revue Cliniques, qui organise cette journée scientifique, se veut un recueil d’articles qui ont en commun, outre le thème clinique, de traiter tous de la question des soins psychiques en institution. Elle est conçue pour faire dialoguer les différents acteurs du soin psychique, les universitaires, les professionnels venant de différents horizons institutionnels, par delà les clivages. La revue est coordonnée par l’Association de Promotion des Soins Psychiques en Institutions - l’APSPI - depuis un an et demi. Une voix associative pour permettre de faire se rencontrer tous ceux soucieux de réfléchir autour de leur pratique en institutions, qu’elles soient psychiatriques, gériatriques, somatiques, voire judiciaires, sociales ou éducatives par exemple.
Pour plus d’informations ou s’inscrire au colloque : http://www.apspi.net/

Charlotte Costantino et Catherine Ducarre

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