The place to be

Actualités

Actualité / Colloques / Parutions


Article de : Samir Fellak et Piotr Krzakowski
Psychologues et psychanalystes , membres de la SPP
Sur le tournage de L'homme qui en savait trop
Sur le tournage de L'homme qui en savait trop

L’expérience truculente de Bion à Marrakech, la conférence qui en appelle à la poésie et aux monstres pour rendre hommage à la psychanalyse !

Publié le 13/02/20

Il est des pays dont on a entendu parler, de loin... Il en est aussi de certains livres et de personnes dont le nom nous dit bien quelque chose sans pour autant que l’on fasse un pas décisif pour les rencontrer. Tout cela pourrait bien convenir à la pensée souvent  complexe de W.R. Bion, à la lointaine conférence qui porte son nom agrégée à sa localisation marocaine évocatrice des mystères d’orient, et particulièrement à sa discrète fondatrice, infatigable Dame, au nom cosmopolite qui voile la part des origines et du parcours qui l’a faite autant parisienne qu’internationale. Le pas ainsi franchi, comme toujours un peu « par hasard », nous vous proposons comme un petit carnet de voyage  quelques images qui nous restent de l’édition 2019, la quatrième en son genre. Cette aventure commence bien avant l’atterrissage à Marrakech, comme presque tout de nos jours, c’est par le site de la conférence que le premier contact a eu lieu, déjà intriguant par son aspect poétique et non commercial, voire anti commercial, par la bannière clignotante « inscriptions closes... ». Nous apprenons en effet, que ce voyage se mérite, sans savoir en quoi vraiment, nous poursuivons animés du sentiment contrarié qui s’éveille quand l’objet se refuse, épreuve de l’incertitude, l’attente d’un désistement, comme au poker, désireux de payer pour voir. Mais voir quoi ?...

Le site présente l’historique du Bion in Marrakech depuis 2013... Puis une phrase, celle surement qui a travaillé en nous pour produire cet effet d’énigme attractive : « Le séminaire « Bion in Marrakech » entend établir cette circulation à double sens entre les analystes internationaux, individus et groupes, s’exprimant en anglais ou en français; entre nos orientations scientifiques et nos contributions imaginaires. »
A première vue rassurant : il ne faut donc pas être un spécialiste reconnu de l’œuvre de Bion, ni connaitre par cœur sa redoutable « grille » pour participer en honnête homme désireux d’en savoir plus. Attente donc et bonne nouvelle à la clé, des australiens ne peuvent venir, des places se libèrent, elles sont pour nous, d’accord c’est parti ! L’accueil au Ryad « Denise Masson » (traductrice historique du Coran en français), impressionne par son calme tout en contraste avec le tumulte et brouhaha de la Medina. 

C’est donc ici que les 70  participants venus des cinq continents, vont se croiser et partager leur « psychanalytismes », c’est aussi là que la quarantaine de collègues sur la liste d’attente auraient voulu être, nous donnant à la fois le sentiment d’être pour une fois chanceux, et à la fois coupables, comment dit-on déjà « névrose » en arabe...? La petite salle de conférence accueillera les 4 présentations cliniques et leurs discussions d’un très haut niveau de rigueur et d’exigence scientifique. Mais la surprise nous est véritablement apparue dimanche matin, nous lisons à ce propos sur le site, le plus étonnant de tous les programmes jamais proposés dans un colloque :
« En suivant la formule de Bion de “pensées en quête de penseur”, nous souhaiterions, lors de ce séminaire, nous concentrer non seulement sur le contenu de nos pensées, mais aussi sur notre expérience émotionnelle comme «penseurs» .
(...) Nous espérons faire place à l’exploration des forces et des modèles cachés et inconscients qui sous-tendent la culture et la mentalité des groupes de travail que nous avons établis. Parmi ceux-ci, nous essaierons d’identifier les similarités et aussi les différences qui existent entre nous, afin d’enrichir notre compréhension des “forces gravitationnelles” à l’œuvre dans nos discours—c’est à dire ce que nous nous permettons ou pas de penser (tout haut) et comment ceci influence nos perceptions-interprétations des réalités internes et externes. »

Un tel énoncé se doit d’être un peu ambiguë pour charmer, sa mise en œuvre pourrait questionner le candide... Pour qui n’a pas l’habitude d’un groupe bionien au travail-auquel les ateliers des jours précédents nous avaient certes préparés-il ne peut avoir précisément l’idée de comment nos modérateurs chevronnés allaient installer une  ambiance d’élaboration soutenue par le plaisir d’inscrire notre brève histoire collective, rassurant les uns et les autres que l’imminente séparation ne dissiperait pas tout.
Mais comment inscrire un sincère éclat de rire, une poignée de main chaleureuse, une accolade fraternelle, autrement que sur des clichés dans des poses souvent convenues? En regardant maintenant ces photos, l’écart entre ce qui s’y voit, et ce que nous y avons vécu représente un degré d’intimité incommunicable, et le restera comme une invitation au voyage en terres d’audaces  bioniennes.

L’édition de 2020 s’intitulera « Navigation vers l’inconnu : hic sunt dracones », dans l’idée,  écrit Monica Horovitz, que les territoires inconnus abritent notre peur des dragons et autres créatures monstrueuses...

Samir  Fellak et Piotr Krzakowski
 
Site : https://bioninmarrakech.org/

Envoyer à un ami
Partager l'article :