Eclairages

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Article de : Emmanuelle Sarfati
Psychanalyste

La psychanalyse du couple et de la famille, pour quoi faire ?

Publié le 18/12/13

L’expérience vécue au sein de la famille est une expérience fondatrice. N’entend-t-on pas souvent dire que dans la vie les histoires se répètent ? Les émotions et les affects qui sont ressentis dans l’enfance constituent en effet la toile de fond de toute construction psychique.
Investissements de la part de l’environnement - plus ou moins ambivalents - séductions et limitations, seront ainsi la source même de nos futurs investissements d’objets, et l’origine de la façon particulière dont chacun pourra se trouver investi à son tour dans sa vie d’adulte. Les forces qui opèrent auront non seulement des répercutions sur ce que l’on devient, mais aussi sur la construction du couple et d’une famille lorsque le temps sera venu.   - Qu’est-ce que la psychanalyse de couple et de famille ?
C’est une méthode de traitement par le langage et par l’écoute, qui a pour objectif d’appréhender les problèmes nés des dysfonctionnements familiaux, et ce faisant de rétablir une meilleure communication entre ses membres. Inspirée de la psychanalyse des groupes et de l’anthropologie de la parenté, sa visée est un changement de fonctionnement mental du couple ou de la famille considérés alors comme un groupe, c’est-à-dire doté d’un fonctionnement psychique propre. La particularité de ce groupe est d’être constitué de personnes qui ont des liens de parenté ou d’alliance entre elles.   - Quel est dans ce cas particulier, le rôle du psychanalyste ?
Son rôle va justement être d’aider ce groupe à surmonter ses difficultés en abordant non seulement les sources du conflit groupal, mais aussi les défenses mises en place, les fantasmes et affects communs, ainsi que la place de chacun de ses membres. La thérapie en couple ou en famille portera sur l’analyse des liens que les différents membres ont construits entre eux. Ce travail implique donc pour le psychanalyste de se décentrer du conflit intrapsychique de chacun pour écouter ce qu’il en est du lien intersubjectif et de la modalité relationnelle par lequel il s’exprime. Une attention particulière est ainsi portée au transfert groupal et au contre-transfert sur le ou les thérapeutes, transfert qui sera mis à jour et élaboré en commun.
En aucun cas le psychanalyste ne peut intervenir dans la réalité ou dispenser des conseils.
En aucun cas il ne prendra parti dans le conflit apparent qui se rejoue devant lui.
Pour les couples, cette analyse ouvre sur la question du sens du choix amoureux et des circonstances de ce choix. Elle passe par la compréhension des symptômes amenés sous forme de reproches, de plaintes, et leur intégration dans l’économie psychique du couple et des conjoints, afin que ceux-ci puissent soit continuer ensemble, soit se séparer à moindre risque psychique pour chacun d’eux.
En ce qui concerne les familles, il s’agira de leur permettre de retrouver leurs fonctions positives en déjouant et en analysant les manœuvres pathogènes inconscientes mises en place pour des motifs souvent multifactoriels. Par fonction positive, on entend généralement celles de dispenser l’amour, de contenir la souffrance psychique, et de penser les vécus et les évènements afin qu’ils puissent être transformés et intégrés dans une chaine de sens à la fois familiale et individuelle.   - Quelles sont les indications pour une psychanalyse de couple ou de famille ?
Les motifs de la thérapie familiale ou de couple sont nombreux, mais la souffrance traitée est toujours une souffrance groupale, même si bien souvent le couple ou la famille consulte pour un de ses membres, le « malade désigné », c’est-à-dire celui dont le comportement est l’origine apparente de la souffrance du groupe. En définitive, il s’avère être le plus souvent le « symptôme » d’un malaise collectif qui affecte le groupe tout entier ; tel adolescent fait des fugues, se déscolarise, s’adonne à la drogue ou présente des problèmes alimentaires, tel conjoint s’alcoolise ou a des relations extra-conjugales etc. En attaquant les capacités fonctionnelles positives de la famille ou du couple, cette souffrance rend la vie commune douloureuse, parfois même violente, et entrave la communication entre ses membres. Elle limite aussi les processus de maturation de chacun, et notamment des enfants. Des parents peuvent aussi consulter car ils sont en difficulté éducative et se sentent en faillite au niveau de l’exercice de l’autorité.   - Comment ça se passe ?
Après quelques entretiens préliminaires, le groupe qui consulte est convié à des séances régulières. Le protocole thérapeutique recommande, pour les couples, la venue des deux personnes qui le composent, et pour les familles que tous les membres du groupe-famille soient présents aux séances, ou au moins un représentant de chaque génération lorsque la venue de tous n’est temporairement pas possible. Une restitution de ce qui s’est passé est faite quand un membre a été absent ou lorsque l’un d’eux a communiqué un message en dehors des séances.
Les séances durent de une heure à une heure et demi à raison d’une fois par semaine à une fois par mois.
Les consignes données ouvrent la possibilité pour chacun de dire, mais aussi de garder pour soi ce que l’on désire ne pas communiquer. Les enfants sont invités à dessiner s’ils le souhaitent, et leurs productions sont considérées comme du matériel thérapeutique au même titre que les paroles échangées.
Même si les symptômes cèdent souvent dans les premiers mois de rencontre avec un analyste, la durée de la thérapie est variable en fonction des résistances de chaque groupe qui consulte et de la profondeur du conflit inconscient à l’origine des troubles.          Emmanuelle Sarfati, Psychanalyste

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