Questions animées

Questions animées


Article de : Alexia Blime-Cousi et Amélie de Cazanove
Alexia Blime-Cousi Et Amélie de Cazanove sont psychologues cliniciennnes et psychanalystes (SPP).
Cofondatrices avec Daniel Irago des Enfants de la Psychanalyse.

De l’héritage freudien à la modernité 2.0 : le défi d’inventer un nouveau langage.

Publié le 03/12/17

Lors du dernier congrès de l’IPSO (International Psychoanalytical Studies Organization) il nous a été demandé de revenir sur l’histoire de la création du site http://lesenfantsdelapsychanalyse.com. Cela a été pour nous l’occasion de reprendre dans un après coup les idées forces qui présidaient à la création du site. Et notamment, la question de la diffusion de la psychanalyse, de la place de la psychanalyse sur internet et les nouveaux médias, et de la légitimité pour des “jeunes” analystes de s’emparer de ces questions cruciales pour l’avenir de la psychanalyse. Nous vous en livrons ici le texte.

Le titre que nous avions choisi en août pour cette communication est un peu racoleur. Certes l'histoire des Enfants de la psychanalyse se situe bien sur cet entre-deux,
-d'un côté l'héritage freudien,
-de l'autre la modernité ou l’hyper connectivité contemporaine aux prises avec les nouveaux médias.
Pour le reste le langage à inventer est surtout un langage pour " communiquer " la psychanalyse. Cette précision me semble importante car lorsqu’il nous a été demandé de revenir sur notre expérience autour de la création de la revue en ligne Les enfants de la psychanalyse pour ce colloque qui s’intitule « Free association », c'était autour de l'idée que nous avions fait preuve de liberté à l'égard de nos institutions en créant les Enfants de la psychanalyse alors que nous étions tous trois élèves à la SPP.
Ce mot de liberté, être libre ou se sentir libre de créer un support pour diffuser la Psychanalyse est essentiel derrière notre initiative. Mais il nous semble important d'ajouter plus modestement que le titre ne le laissait entendre, que nous ne pensons pas avoir créé un nouveau langage mais simplement que nous sommes convaincus qu'il existe un langage pour faire la promotion de la Psychanalyse au travers des nouveaux médias et que nous, en tant qu’analystes en formation, nous devons nous l’approprier pour des questions de survie ! Un autre point en préambule, c’est un récit d’expérience que nous vous proposons, il est donc important de ne pas perdre de vue le contexte. C’est une expérience française, et les débuts dont nous parlons se situent en 2012, c'est-à-dire dans la temporalité internet la préhistoire par rapport à aujourd'hui.

Survivre dans le monde d’aujourd’hui :
Si l'on peut s'interroger, voire s'inquiéter de l'image ou la représentation de la psychanalyse dans les sociétés contemporaines, quelle place peut-elle occuper sur internet, et comment utiliser cet outil pour la rendre à la fois visible, et partager quelque chose de sa spécificité et de son actualité dans le soin psychique, et la promouvoir auprès d’un public plus large sans la dévoyer ?
Mais d’emblée, ne soyons pas trop négatif, si la psychanalyse peut avoir une image poussiéreuse parfois, elle est aussi alimentée par une curiosité constante de la part du grand public, et ne peut donc pas faire l’économie d’une représentation pertinente et efficace. Si non c’est quelqu’un d’autre qui le fera (et moins bien) à notre place !

Héritage de Freud (Mythe des Origines)
Dès le début la psychanalyse est objet de controverses et d’attaques. Freud a combattu toute sa vie pour que sa psychanalyse soit diffusée. Chacun de ses écrits témoigne de ce souci de transmission et de diffusion. S’il reste si accessible à une première lecture c’est qu’il souhaitait se faire comprendre, expliquer ses thèses, montrer leurs évolutions, il souhaitait transmettre. Toute son œuvre s’adresse ainsi à un large public comme aux initiés.
Lorsque Freud rédige les statuts de l’IPA, il intègre le motif répétitivement de « diffuser et protéger ». Et lorsqu’il arrive aux Etats unis pour livrer ses conférences à la Clark University, en proclamant « Ils ne savent pas que je leur apporte la peste », allusion à l’aspect subversif de ses théories qu’il savait sulfureuses, il est très probable que Freud diffuserait aujourd'hui ses conférences via « sa » chaine YouTube, et aurait créé un MOOC (Massive Open Online Course)... Et on aime à penser que s’il vivait aujourd’hui, on le suivrait sur twitter, Snapchat ou encore Instagram… Cette projection est sans doute exagérée, Freud n’était pas toujours si enclin à la modernité, par exemple il ne voyait aucun avenir dans le cinéma naissant que Lou Andréa Salomé lui avait fait découvrir….Néanmoins, 150 ans après la naissance de la psychanalyse, la pensée de Freud est toujours aussi vivace et, par voie de conséquence, toujours autant attaquée. Et comme en son temps, les détracteurs de la psychanalyse cherchent à la réduire au silence.

Dans ce contexte, le psychanalyste contemporain, le psychanalyste 2.0 oscille entre deux positions, faire le dos rond, répondre aux attaques par une indifférence silencieuse, au risque de passer pour une caricature de psychanalyste ou au contraire, monter au créneau, prendre le drapeau militant de la défense de la psychanalyse au risque de transgresser certaines lois non explicites du code analytique. Comme…L’angoisse de vulgariser (Vulgarisation)
Il circule ainsi une idée que nous ne devrions pas parler publiquement de psychanalyse avant de connaitre sur le bout des doigts tous les volumes des Oeuvres Complètes de Freud ! Et une autre est qu’on ne doit pas simplifier des concepts car on risque de les vulgariser !
Le mot est lancé, il est redoutable ! Dans le langage commun, vulgariser serait péjoratif, cela déprécierait le contenu, cela lui enlèverait son aura de mystère. Or vulgariser c’est aussi donner accès au plus grand nombre (vulgus en latin =la foule), c’est transmettre. Il est même question de pédagogie…
Et c’est aussi se mettre au niveau de nos concurrents, ET ne pas reconnaitre que la psychanalyse mais surtout les psychanalystes sont mis en concurrence, ça c’est du déni !
Pour résoudre la difficile question de la transmission de la psychanalyse qui serait l'apanage des analystes confirmés, on peut dire que ce que l'université transmet de la psychanalyse est surtout un savoir autour de la psychanalyse. Et on peut considérer à la suite de Freud que la transmission de la psychanalyse se fait par le biais de la cure et l'expérience du transfert essentiellement, le reste serait la transmission d'un savoir autour de... A partir de là cela nous laisse une grande liberté …

Et pour des raisons de survie, nous avons nous quelque chose d'important à transmettre et diffuser et c'est une question en somme très narcissique, c'est l'image de la psychanalyse contemporaine ou du moins du « jeune » psychanalyste contemporain…Transmettre cette idée que les psychanalystes en 2018 et plus sont des êtres qui bougent, qui vivent qui s'intéressent au monde environnant, qui se posent des questions, qui sont capables d'humour et d'une certaine dose d'autodérision.... En gros une image qui nous valorise !... Donc en créant cette revue on travaille aussi pour le narcissisme du psychanalyste d'aujourd'hui...

Quelques idées (non exhaustives) à propos du mariage Internet et psychanalyse :

Psychanalyse, communication et marketing sont des mots qui ont tendance à ne pas faire très bon ménage mais qui néanmoins méritent d'être pensés et peut être en premier chef par les psychanalystes eux-mêmes. Internet, facebook, twitter outils de simplification, de l’immédiateté, du narcissisme sans fond…Crainte d’une certaine vulgarité pour ne pas dire pornographie…! Internet recoupe plusieurs fonctions, c’est un média, mais c’est aussi une vitrine. Ne pas exister sur internet c’est comme ne pas apparaitre dans l’annuaire de téléphone. Internet c’est le meilleur et le pire à la fois. Ne pas exister sur internet c’est se ranger du côté des paranoïaques. Exister c’est montrer qu’on supporte une certaine mise en scène de soi, plus névrotique donc !

Internet, un monde de liberté sans limite ? Il existe sans doute une tentation à la transgression, mais comme pour le dispositif de la cure, nous faisons appel au tiers. Nous allons poser une règle fondamentale : liberté de parole MAIS à l’intérieur d’un cadre …Internet c’est aussi la démocratisation du savoir, les universités en ligne, les MOOC, ted conférences…. Au jour d’aujourd’hui il n’existe pas de Ted conference sur la psychanalyse, pas plus qu’une chaine youtube dédiée à la psychanalyse…Une des grandes révolutions apportées par internet, est de donner accès à tous, par simples clics sur une notion, à des informations auparavant uniquement réservées à des spécialistes. Au niveau spatio temporel, Internet est un peu une métaphore du Ça. Absence de temporalité ou plutôt accélération du temps, décloisonnement des espaces, abolition des frontières, pulsionnalité outrancière (cf le dark web) ….
Il s’agit donc bien d’un territoire à conquérir pour les psychanalystes ! Là où est le Ça, le Moi doit advenir…

Une scène primitive ? 
Qu’est-ce que signifie être un analyste en formation aujourd’hui ? Dans le monde des sociétés psychanalytiques, en premier lieu nous représentons l’avenir …Ne jamais l’oublier ! Donc pas d’avenir sans candidats, pas d’avenir sans internet …
Etre élève c’est avoir un statut intermédiaire, un pied dedans, un pied dehors, déjà affilié à une société mais pas tout à fait membre de la société en question. On retrouve cette position d’entre deux, entre héritage freudien et modernité, comme un miroir de ce statut intermédiaire de la psychanalyse dans le monde moderne…Statut intermédiaire qui peut avoir tendance à infantiliser…
Pour un candidat, il y a une timidité, une crainte de la transgression, un désir d’être le bon fils ou la bonne fille, parfois même une certaine paranoïa…Il y a des lois explicites mais aussi implicites du code analytique et parfois c’est flou. Chaque Société a son propre cadre régissant son institut, même si elles agissent sous le cadre commun de l’IPA, il existe une très grande variabilité d’un Institut à l’autre, d’un formateur à l’autre.
Discrétion, probité réserve… Un candidat est là pour se former avant tout ! Or se former prend de longues années…. Mais peut être les élèves ont-ils envie et besoin et surtout encore l’énergie et l’enthousiasme de prendre une partie de leur avenir en main… ?!
De notre point de vue prendre « notre avenir psychanalytique » en main s’organisait autour de cette question de la diffusion de la psychanalyse sur internet.

Le réel du candidat entre survie et audace :
L’audace c’est la créativité…Si on ne veut pas mourir comme le disait Otto Kernberg, quand on est analyste en formation, il faut savoir résister à une certaine inhibition de la créativité induite par les instituts de formation.
Etre analyste s’est savoir naviguer entre deux pôles, deux tensions, reconnaitre la permanente conflictualité de l’humain.  Profiter de ce statut intermédiaire pour être créatif et conserver le côté vivant de la psychanalyse
Toute la problématique du candidat se retrouve dans ce paradoxe, pris entre une certaine religiosité et de fait une certaine servitude à l’égard de la théorie et en même temps un désir, une nécessité de liberté sans laquelle travailler en tant qu’analyste n’est pas possible. Sacraliser les textes originaires mais aussi les écrits analytiques courants c’est se refuser à une nécessaire vulgarisation de la théorie, or comme on vient de le rappeler, Freud lui-même ne rechignait pas à cette idée…
Lorsque nous créons le site c’est avec ces paramètres qu’il nous faut conjuguer
• Nous sommes élèves, et plein d’enthousiasme sur notre métier et les chemins qu’ils nous restent à parcourir…
• Nous voulons porter une certaine parole de la psychanalyse dans le monde extérieur et donc « communiquer » sur internet sur le sujet de la psychanalyse avec un esprit de conquête …
• Nous voulons donner une image des psychanalystes, dépoussiérée, moderne et plus proche de notre réalité. Exit le psychanalyste silencieux dans sa tour d’ivoire, bienvenue le psychanalyste plein d’humour et d’autodérision !!!
• Nous voulons pouvoir chroniquer avec un esprit journalistique, et pas écrire des thèses inaccessibles
• Nous voulons maitriser, en partie évidemment (!) notre image et avoir une possibilité d’encadrer le référencement de notre nom sur les moteurs de recherche avec une logique geek…
• Et nous pensons que c’est à nous de le faire et pas à nos institutions afin de se sentir libre ! Pouvoir, par exemple mélanger les auteurs, ne pas trop se préoccuper des querelles de chapelle, vulgariser s’il le faut, s’emparer des réseaux sociaux sans demander l’autorisation à une instance…Ainsi née la revue, avec cet ADN là…
 
Et maintenant le «  storytelling »…
Tout a commencé un jour comme aujourd’hui. Nous étions 3 jeunes analystes entrés récemment à la SPP, et nous nous sommes retrouvés au 72è Congrès des Psychanalystes de langue Française in Bilbao. Nous étions particulièrement intéressés de rencontrer des analystes en formation venus d’autres pays, d’autres sociétés analytiques, preuve, s’il en fallait, de l’incontestable utilité de l’IPSO ! Nous avons ressenti un certain dynamisme, et avons eu l’impression d’entrer en contact avec quelque chose qui manquait dans notre milieu analytique français et même parisien.
En effet, notre enthousiasme en face de notre nouveau statut d’élève, a très vite été mitigé par la difficulté que nous avons pu observer dans nos sociétés analytiques à défendre l’analyse de manière visible et pertinente dans les médias contemporains, internet, Facebook, twitter.... Et que, d’une manière plus générale la question de la communication pouvait être franchement traumatique pour certains psychanalystes autour de nous. Nous avons par ailleurs, été agréablement surpris d’apprendre que la Société Espagnole avait même une cellule de réponse dans les médias.

Alors nous avons essayé de saisir quelque chose de ces rencontres en créant une revue en ligne, dans laquelle on allierait une certaine rigueur à une ouverture, et en trouvant une façon de promouvoir la psychanalyse sans la dévoyer.

Trouver un espace d’expression public pertinent qui revendique une place dans la modernité et montrer ainsi toute notre créativité. En somme une revue ambitieuse, qui veut promouvoir sur internet la psychanalyse et où le fond ne serait pas plus important que la forme, où la qualité du contenu viendrait flirter avec le markéting et la stratégie ; la tête et les jambes, clever and sexy…!
Une revue qui peut permettre de répondre en tant que psychanalystes dans l’immédiateté et la rapidité des évènements (ex : attentats, Projets de lois …)
Et une revue qui aurait un style qui doit être pertinent et impertinent, drôle mais jamais puéril, capable de manier l’autodérision mais sans excès de pathos, etc, etc…Nous lui cherchons un bel emballage, une charte graphique, un nom, une iconographie, avec en tête ces deux pôles : classiques et modernes, ou encore sérieux mais impertinents…
Et pour le nom, le brainstorming fut mémorable, mais très vite s’impose à nous « Les enfants de la psychanalyse ».
Pour des raisons évidentes de référencement, le mot « psychanalyse » était essentiel dans le titre. Quant au mot « enfant », s’il nous a parfois été reproché et surtout par des élèves qui craignaient notre infantilisation par les hautes sphères de nos institutions, nous y tenions ! Car il résonnait à nos oreilles comme un rassemblement générationnel. Car surtout nous sommes tous des ENFANTS de Freud, tous des ENFANTS de la psychanalyse…. question d’héritage !

Pour qui ?
La question de la cible était complexe, d’autant que lorsqu’on est sur Internet, on va chercher une cible mais surtout il faut se poser la question de quelle cible va venir « écologiquement » (naturellement) à nous, il faut préparer le référencement et anticiper sur ce que le public peut espérer.
Nous savions qu’il fallait intégrer l’idée rare que le site était ouvert aux analystes comme aux non-analystes, à ceux qui sont intéressés par un point de vue psychanalytique, comme aux étudiants en psycho, philo, médecine… La cible du public universitaire nous semblant essentielle puisque la psychanalyse est de moins en moins représentée dans les universités, tant en médecine qu’en psycho…
Il y a donc, un besoin de satisfaire une certaine curiosité du grand public tout en ménageant les susceptibilités théoriques des psychanalystes chevronnés…
Grand écart ! Comment satisfaire tout le monde ?
La liberté est là aussi, nous décidons de ne pas satisfaire tout le monde, de faire dans cet entre-deux justement et de plus se focaliser sur là où sont les besoins (université, …) dans un esprit de conquête que sur les susceptibilités narcissiques de nos pairs !

Comment ?
Deux idées forces : il n’y a pas d’internet sans référencement ; un site internet sans public est une coquille vide.
Nous ne voulons pas nous exposer dans une belle vitrine qui ne serait vue que par notre famille…
Effectuer un travail auprès des moteurs de recherche et des mots clefs mais aussi anticiper sur la question de la diffusion : En fonction des 2 cibles différentes et en deux temps :
1) Newsletter, mailing list de nos collègues, sociétés psychanalytiques et référencement pour le public tout venant
2) Très vite on réalise que pour l’audience cette aventure ne peut se faire sans les réseaux sociaux pour attraper un public beaucoup plus large et surtout plus jeune. Du coup on relaye facebook surtout pour la cible étudiante Posts Facebook pour la communication, mais nous n’avons pas encore franchit le pas twitter, ni insta…moins pertinent d’après nous pour relayer nos informations.  (?)

Et à nouveau, pour réunir tout le monde, il faut allier le fond et la forme.
Le fond : qualité, diversité, arts, thématiques, international, interviews…
La forme : notre nom, et les sous titres (très drôles !!), forme à la fois classique, séduisante et offrant des possibilités esthétiques.

A propos du nerf de la guerre :
La question de comment financer la revue s’impose très vite … C’est une question que nous n’avons pas encore résolue…Nous avons tous trois décidés d’investir » dans notre avenir psychanalytique en pensant que dans un second temps nous pourrions envisager de trouver des financements (comme de la publicité pour les librairies ou postuler pour des bourses ou encore trouver un mécène comme il en a existé dans l’histoire de la psychanalyse… . Nous en sommes toujours là… !

Quant à notre exigence éditoriale a été de rappeler aux contributeurs que sur internet un lecteur reste très peu et temps et pour être lu il faut des articles courts et pas trop complexes, accessibles et dynamiques. Pas toujours simple de maintenir cette exigence surtout pour une discipline comme la nôtre !

Pour la petite histoire, un de nos 1ers enjeux étaient donc d’avoir du contenu, soit des articles à publier sur le site. Mais aussi d’avoir une audience large…ET …avec en arrière-plan un autre enjeu de taille qui était de gagner une crédibilité, notamment auprès du public psychanalytique, afin de les rassurer et qu’ils puissent nous proposer des articles à leur tour, et bien entendu lire notre Revue !
Il était donc important pour nous de pouvoir avoir, en plus d’articles publiés par de jeunes analystes, quelques articles écrits par « de gros poissons ». Etant donné la frilosité dont nous avons parlé précédemment de beaucoup d’analystes, cela n’a pas été, vous pouvez l’imaginer, une chose aisée au départ. Position que l’on peut aussi comprendre dans la mesure où certains ont subi des revers complexes de leur parole trahie et pervertie dans certains médias ici en France surtout en référence à la question de l’autisme, conférant à cette question une résonnance éminemment traumatique…Certains nous ont heureusement fait confiance et ont accepté de se lancer dès le départ et nous leur en demeurons très reconnaissants. 

Et progressivement d’autres ont accepté et même proposé spontanément de publier des articles dans notre Revue, même parfois vexés que nous ne leur ayons pas encore demandé d’articles… !
Nous avons donc gagné ce pari, mais alors nous avons commencé à avoir le problème inverse : nous nous sommes rendus compte, comme certains nous l’ont exprimé, qu’à un certain moment, certains analystes moins chevronnés n’osaient plus nous proposer d’articles, intimidés par les noms des autres.

Nous voici aujourd’hui, cinq années plus tard, le site tourne mais les questions de contenus, de faire évoluer les interfaces, de créer une chaine YouTube, entre autres sont là dans nos têtes et nous n’avons aucune certitude. Juste un peu d’expérience et encore beaucoup d’enthousiasme. L’opportunité donc, de parler aujourd’hui ici devant vous est donc particulièrement importante pour nous, comme un retour aux sources, et nous pensons que vous avez un rôle important à jouer dans la poursuite de cette aventure, qui, nous en avons la conviction, doit avant tout être une aventure collective.
Que chacun puisse s’approprier cet outil pour s’exprimer, faire vivre la psychanalyse, faire partager ses investissements, ses découvertes, les artistes, les professionnels ou les penseurs qui les ont inspirés.

Pour conclure : retour à la liberté…
Soyons modestes,
Qu’avons-nous fait ? Car s’il s’agit de parler de liberté par rapport à nos institutions, je ne crois pas que nous ayons été jamais mis en difficultés par celles-ci.  Comme notre discours était plutôt sensé, ils ont fait comme si on n’existait pas dans un premier temps, puis plusieurs titulaires formateurs nous ont proposé des articles en nous « remerciant de ce que nous faisions pour la psychanalyse » !

Qu’avons-nous fait ? Pas grand-chose…Nous avons transgressé un ou deux interdits mais nous avons survécu et en plus on a la côte auprès des ainés….

Ainsi en lançant la revue les Enfants de la Psychanalyse exclusivement en ligne, on se confronte à deux interdits majeurs qui circulent dans les sociétés :- On propose une représentation du psychanalyste, ou de la pratique psychanalytique qui ne doit pas être représenté auprès du grand public
- On parle en tant que psychanalyste alors qu'on est encore qu’élève psychanalyste. Ce qui pourrait signifier que l’on pourrait dire des choses sur la psychanalyse qui seraient approximatives, voir imprécises et du coup…. Simplifier et vulgariser !
En face de ces interdits de représentation (en tant qu’élèves des sociétés psychanalytiques), nous avons eu le sentiment d'être justement confronté à un impératif de représentation. Impératif de se représenter la psychanalyse, de se représenter les psychanalystes sous un jour vivant. Impératif de sortir de la représentation mortifère du psychanalyste excessivement silencieux, y compris dans les médias. Et impératif à ouvrir nos pratiques et nos pensées au monde contemporain tel qu’il est. Car en nous adaptant à celui-ci, on peut en faire partie et résister à son impitoyable modernité, en pratiquant si nécessaire l'humour et l'autodérision, le décalage et le pas de côté, en somme l'esprit ! Mais on ne pourra pas résister à l’impitoyable modernité si on ne s’en approche pas, si on reste sur le côté, on risque de devenir aigris, paranoïaques et exclus…Mais s’il y a une idée autour de la liberté qui nous est chère c’est celle-ci…oui nous nous sommes sentis libres de nous emparer de cette diffusion mais il n’y a pas de liberté sans surmoi, et cette liberté donc, c’est surtout celle d’avoir décidé de faire confiance à notre surmoi analytique…. Entre transgression, tierceité et créativité …
 



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